L'IRSN trace les risques liés à la radioactivité grâce à la consolidation de données géospatiales

Au-delà des aspects économiques du projet, Le principal bénéfice tangible réside dans la valorisation de nos données : leur hétérogénéité représentait jusqu'alors un frein à leur diffusion. En standardisant le schéma de données et en adoptant une sémantique commune, nous offrons un mode de restitution ergonomique permettant aux utilisateurs de gagner du temps, tout en bénéficiant de la souplesse des technologies web, notamment pour la mise à jour.

Jean-Noël Mangin, Chef du Groupe Informatique et Scientifique

Une mission de service public

Le Service d'Etude et de Surveillance de la Radioactivité dans l'Environnement (SESURE) de l'IRSN a pour mission l'alerte, la surveillance et l'observation de la radioactivité dans l'environnement ainsi que la production de bilans radiologiques (en France métropolitaine et en Polynésie). Le nouveau portail de l'environnement lancé par le SESURE a pour vocation la mise en ligne des résultats de mesures issues des bases de données des différents réseaux de mesures (bases de données sources). Ces résultats sont restitués sous forme de graphes ou de tableaux de données à partir de sélections réalisées par l'internaute, soit par navigation dans une carte, soit par sélection de critères. La diffusion des données est réalisée en Intranet et auprès du grand public. (http://sws.irsn.fr).

La société Camptocamp, spécialisée dans le traitement de l'information et dans la mise en oeuvre d'applications de cartographie dynamique sur le Web a mis en oeuvre ce projet qui comprenait principalement la création de processus d'extraction et d'intégration de données (sur la base de Talend Open Studio) et la mise en oeuvre d'interfaces de consultation évoluées (du type Web 2.0).

Une expertise unique sur les risques liés à la radioactivité

L'approvisionnement énergétique de la France, sa défense nationale et ses pratiques médicales ont en commun de reposer durablement sur les technologies nucléaires. Le recours à ces technologies peut comporter des risques significatifs de contamination ou d'irradiation pour les populations ou l'environnement, ainsi que d'usage malveillant de la radioactivité, voire de trafic illicite.

La maîtrise de ces risques relève de la responsabilité des exploitants, sous le contrôle des pouvoirs publics. Elle suppose notamment la disponibilité, au plan national, d'une capacité de recherche et d'expertise publique de référence, capable d'en réaliser une évaluation scientifique et technique indépendante de celle des concepteurs et des opérateurs. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), établissement public à caractère industriel et commercial créé en 2001, constitue le principal outil dont dispose l'État pour assurer cette mission. Placé sous la tutelle conjointe de plusieurs ministères (Écologie, Énergie, Développement durable et Aménagement du territoire ; Économie, Industrie et Emploi ; Enseignement supérieur et Recherche ; Défense et Santé), il rassemble près de 1 600 salariés, répartis sur 11 sites à travers la France et les DOM-TOM.

L'IRSN exerce ses missions d'expertise et de recherche dans les domaines suivants: la sûreté des installations nucléaires ; la sûreté des transports de matières radioactives et fissiles ; la protection de l'homme et de l'environnement contre les rayonnements ionisants ; la protection et le contrôle des matières nucléaires et des produits susceptibles de concourir à la fabrication d'armes ; et la protection des installations et des moyens de transport contre les actions de malveillance. Son budget s'élevait à 275,9 millions d'euros en 2006.

Vers un portail recensant les mesures de radioactivité en France

L'IRSN met actuellement à la disposition du public quatre sites web publiant des mesures de radioactivité : « Teleray », réseau d'alerte exclusivement consacré à la protection sanitaire des populations et reposant sur 180 stations réparties dans l'ensemble du territoire français ; « EAU », surveillance de la radioactivité dans l'eau, les boues et les sédiments, via l'analyse mensuelle de 200 échantillons prélevés sur tout le territoire ; « AEROSOLS », surveillance de la radioactivité des aérosols atmosphériques (70 stations) et « OPERA », Observatoire permanent de la radioactivité (35 stations). Ces quatre sites tirent non seulement parti des bases de données de mesures de l'IRSN, mais également d'informations issues de différents laboratoires et organismes.

« Pour des raisons évidentes d'homogénéité et de simplicité de consultation, l'IRSN a souhaité présenter l'ensemble de ces données au sein d'un site web unique, en fédérant ces quatre sites web via une approche cartographique. Ce projet visait à amalgamer toutes les données pour les présenter dans un portail, accessible dans un premier temps par les collaborateurs de l'IRSN, puis dans un deuxième temps (début 2009) par le grand public » témoigne Jean-Noël Mangin, Chef du Groupe Informatique et Scientifique de la DEI (Direction Environnement et Intervention) à l'IRSN. « Parallèlement, nous avions pour ambition de présenter la totalité de ces données de mesure sans restriction de temps, en assurant des mises à jour mensuelles, voire quotidiennes, alors que chacun des quatre sites web existants n'offrait que les mesures des douze derniers mois. »

Camptocamp intègre MapFish pour la cartographie dynamique et Talend Open Studio pour l'intégration des données

L'appel d'offres lancé par l'IRSN visait à consolider dans un site web unique des données issues de bases de données hétérogènes et administrées dans différents sites. « Camptocamp a été choisi au départ pour ses capacités à gérer tous les aspects cartographiques du site et notamment la cartographie dynamique. Outre ses solides compétences, la société s'est parfaitement positionnée sous l'angle financier. Nous cherchions à nous affranchir des schémas des éditeurs propriétaires afin de simplifier les problématiques de maintenance, tout en réduisant les coûts, conformément aux nouvelles directives de marché public, qui favorisent en outre l'ouverture des systèmes d'information publics » poursuit Jean-Noël Mangin. « La problématique d'intégration de données n'était pas abordée dans l'appel d'offres, mais Camptocamp nous a proposé d'utiliser Talend Open Studio pour gérer les aspects de transformation et de déplacement des données. Nous avons découvert sa puissance au fil du projet. »

En tout, une dizaine de bases de données ainsi que plusieurs collections de données diverses ont été fédérées afin d'atteindre les objectifs fixés par l'IRSN : « Nous réfléchissions à cette problématique de consolidation depuis quelques temps déjà et avions réalisé des études avec des produits de requêtage. Mais du fait de l'hétérogénéité des données, ceux-ci se sont révélés peu adaptés : il nous manquait une brique d'intégration, » explique Jean- Noël Mangin. « Parallèlement, l'utilisation de Talend Open Studio nous a été conseillée par une société de services dans deux autres projets lancés par l'IRSN, ce qui nous a conforté dans le fait que nous ayons choisi la solution la mieux adaptée. »

Un nouveau schéma de données pour valoriser le patrimoine d'information

Ces bases de données reposaient, pour des raisons historiques, sur différents schémas de données et sémantiques d'enregistrement ; les données étant à la fois issues de mesures manuelles et automatisées. La base de données cible, standardisée et fédérée, tire aujourd'hui parti de la technologie PostgreSQL. Le portail cartographique développé par Camptocamp présente une carte de la France et de l'Outre-Mer reproduisant les 1500 points de collecte des informations de mesure. En cliquant sur chaque point ou en sélectionnant une zone, l'utilisateur peut accéder à des mesures très détaillées, présentées sous la forme de graphiques ou de tableaux.

L'IRSN dispose aujourd'hui d'un système permettant de valoriser l'important historique de données dont elle dispose (et qui remonte jusqu'aux années 60) : « L'absence de coût de licence est bien sûr intéressant, même si cette gratuité ne forme qu'un des nombreux aspects du projet. Le support et la formation sont autant de postes à ne pas négliger, tout comme l'achat de certaines données cartographiques. Cependant, notre choix de l'open source n'était pas doctrinaire : nous cherchions en priorité un système répondant à nos attentes techniques et nous l'avons trouvé... » précise Jean-Noël Mangin. « Au-delà des aspects économiques du projet, le principal bénéfice tangible réside dans la valorisation de nos données : leur hétérogénéité représentait jusqu'alors un frein à leur diffusion. En standardisant le schéma de données et en adoptant une sémantique commune, nous offrons un mode de restitution ergonomique permettant aux utilisateurs de gagner du temps, tout en bénéficiant de la souplesse des technologies web, notamment pour la mise à jour. »

Les premiers retours des utilisateurs internes sont très positifs et la prochaine étape permettra au grand public de consulter aisément ces données. « Même s'il ne s'agit que d'une solution de ‘restitution froide' – les systèmes d'alerte reposent sur d'autres technologies – nous présentons désormais nos mesures de manière très conviviale et les possibilités de consolidation amplifient la vision de nos utilisateurs » conclut Jean-Noël Mangin. « Grâce à elle, nous répondons à de nombreux objectifs décrits dans notre contrat d'objectifs avec l'Etat, dont notamment la transparence et l'information. Dans un contexte national et international de relance de l'énergie nucléaire mais aussi de diversification et de recours croissant aux applications des rayonnements ionisants, il est essentiel que l'IRSN dispose des outils les plus modernes pour accomplir sa mission. »